Le Reporter Terrain

Reporter terrain

Voici l’histoire du reporter terrain. Kidnappé sous X, nul ne connaît son nom. Seul son fidèle compagnon Wilson (l’œil qui l’accompagnera toujours) le sait, et encore on n’en est pas sûr à 100%…

***

Village paumé dans la brousse Rwandaise. Le soleil brûle, la sécheresse guette les habitants déjà affamés, déjà morts…

Un groupe d’enfants joue à l’ombre d’un acajou. Au loin des tirs de fusil. Les parents ordonnent aux enfant de rentrer se cacher, les yeux apeurés. Un seul enfant reste sous l’arbre, il ne veut pas obéir, il n’a pas peur.

Des voitures approchent dans un nuage de sable, musique à fond et rafales de AK47 au menu. Des hommes armés descendent, machettes, haches, fusils dans leurs mains. Ils font ce qu’on leur a ordonné de faire, le sale boulot, les femmes et les enfants d’abord, l’horreur… Là, sous son arbre, il voit ses parents, ses frères, ses sœurs, ses amis, un à un périr dans d’atroces souffrances. Son cœur se brise, mais il ne pleure pas, il ne l’a jamais fait. Il reste juste là, à contempler cette scène d’horreur jusqu’au bout, à écouter les cris, les pleurs, la souffrance, et ces putains d’éclats de rire des « soldats ». On brûle son village, sa maison, sa famille, la fumée pue, et pique les yeux.

On vient vers lui, on le tient en joug, on va tirer, il ne bronche pas…

-« Attends! », dit l’un des soldats, peut être leur chef, il porte une montre et une grosse chaîne en or massif, ainsi qu’un costume différent des autres. Il s’approche, l’enfant voit son reflet dans les grosses lunettes noires du soldat. Il les enlève. En guise d’œil gauche, un énorme trou. L’enfant ne sourcille pas, et fixe son œil droit.

-« Tu n’as pas peur de la mort? », demande t-il.

-« Je n’ai pas peur de vous », dit-il en regardant un à un les soldats, qui s’esclaffent et se tapent dans le dos.

-« Silence! », ordonne le chef aux autres, qui se taisent aussitôt. « Tu es sûr de toi? », demande t-il en sortant un énorme couteau ensanglanté de sa poche, et en l’approchant de son œil gauche. « Tu sais comment j’ai perdu cet œil? », il glisse le bout de la lame dans l’orifice qui contenait autrefois un œil…

L’enfant n’hésite pas: « J’imagine que tu as fait chier la mauvaise personne, et j’en ai rien à foutre… Mais si tu veux pas finir aveugle, je te conseille de pas commettre la même erreur! ». C’est reparti pour les rires, les soldats sont pliés en quatre. Tous sauf un, qui se retourne et fait aussitôt cesser la cohue.

Le soleil atteint son zénith, les flammes crépitent, le village disparaît peu à peu dans la fumée aux odeurs de chair…

-« Je dois reconnaître que tu as un certain cran petit, et c’est une qualité qui me plaît beaucoup. Cependant, je ne peux pas laisser passer ton comportement, et surtout pas devant mes hommes… », les soldats crient de joie, certains tirent en l’air quelques balles. Le soldat fait signe à deux de ses sous-fifres de tenir l’enfant en joug, tandis qu’il approche son couteau vers l’œil gauche de l’enfant.

-« Fais ce que t’as à faire, mais me loupe pas! », lance t-il au soldat qui arbore un grand sourire sadique. Et le soldat s’exécute…

L’enfant regarde son œil gauche tomber sur le sol sec. Le pied du chef vient aussitôt l’écraser dans un bruit humide et spongieux. Le petit n’a pas bougé, n’a rien dit. Les soldats sont tous effarés de le voir aussi calme. « Qu’est ce qu’on fait maintenant? », lance t-il au chef de la bande, tout en ramassant soigneusement son œil en bouillie, et le mettant dans sa poche.

-« Tu viens avec nous! Ça paye bien si tu sais te débrouiller. » Le soldat remet son couteau dans sa poche, et tape l’épaule du gamin, large sourire. « Je suis fier de toi, petit. T’es un vrai dur, tu iras loin! »

-« Okay… », répond le petit. « J’espère pour toi que tu dis vrai… »

-« Hahaha », le chef pouffe de rire, ainsi que quelques autres soldats. « Allez on dégage! Toi tu montes devant, avec moi! », dit-il en le désignant de la main. Tout le monde monte en voiture, le gamin aussi, il ne se retourne pas. Le village en cendres s’éloigne à l’horizon.

***

Ça roule à fond.

La main sur le volant, le chef tourne sa tête et s’adresse au petit: « Au fait petit, moi c’est Wilson. Je ne t’ai pas demandé, comment tu t’app… ». Un cri de douleur, la voiture fait des zigzags, et va s’échouer contre un arbre. Quelques soldats sont morts sur le coup, projetés lors de l’impact. Pour les survivants, ce sera des rafales de l’AK47 que l’enfant avait repéré sous le siège passager. Pareil pour les autres soldats qui arrivent en trombe des autres voitures. Tous morts, sauf un, à l’agonie dans la voiture accidentée. Le gosse avance vers lui, ouvre la portière défoncée. Le chef s’étale sur le sol, il lève la tête vers le jeune, c’est désormais deux trous qui remplacent ses yeux.

-« Je t’avais dit de ne pas commettre la même erreur… Maintenant cet œil est à moi! », dit-il en brandissant l’œil du soldat qu’il avait arraché avant l’accident…

Il est midi. Il fait tout noir. Le soldat entend les pas de l’enfant qui s’éloignent petit à petit. Il crie un « Tue moi! Tuuuuuuue moiiiiii!!! », mais reste sans réponse. Ses os sont brisés, il ne peut plus bouger. Il attend la mort. Il fait tout noir…

***

Après quelques expériences scientifiques douteuses payées par l’or que l’enfant avait volé aux soldats morts, Wilson vit le jour. Il remplacera à jamais son œil gauche, et lui sera à jamais fidèle…

***

Plus tard, devenu mercenaire, il offre ses services au plus offrant. Le plus offrant, Burt Fleshman, le nomme reporter terrain du WC Show. Il a besoin d’un mercenaire sur la lune, au cas où les choses tourneraient mal…

 

Reporter terrain
Tableau du reporter terrain avec son fidèle compagnon Wilson

 

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